27 mars 2011
N'est-il pas naturel, à deux jeunes amies, de découvrir ensemble le plaisir ? Je n'ai jamais aimé Messaline autrement qu'avec les sentiments les plus purs (mes pensées impures étaient entièrement tournées vers les garçons), et même ce jour-là, cette chose-là, n'était qu'un jeu innocent. Je voulais voir et elle voulait que je regarde, voilà tout. Elle m'aimait tendrement et voulait me faire plaisir - je vais décoincer ton petit cul blanc, riait-elle - et puis n'est-ce pas inévitable, enfin, de faire ces jeux d'enfants, comme une répétition du vrai amour de grandes, cela était-il si condamnable ? Je l'ai vue se faire battre comme plâtre, j'étais piteuse, dans un coin de la chambre, les larmes roulaient sur mes joues, je n'osais émettre le moindre son, de peur de catalyser encore la fureur noire de madame Sembène.
La matrone m'a chassée de chez elle, sans un mot en français, mais avec un regard plein de dégoût, et je n'ai pas cherché la part qui incombait à ma couleur, je ne doutais un instant que cette chair incolore, ce halo de lumière pâle et froide sur ma tête et mes yeux de verre la révulsaient profondément. Elle déblatérait en wolof d'une voix basse, et répétait ce mot, que je ne comprenais pas : "salindé".
Le semaine suivante, les vacances de Pâques commençaient et Messaline s'envolait pour le Sénégal avec ses parents. A la rentrée suivante, j'ai eu du mal à la reconnaître. Amaigrie, presque émaciée, le sang avait disparu de ses joues, et l'éclat de ses prunelles de biche, éteint. En la regardant dans les yeux, j'ai cru sombrer dans un abîme de souffrance. Longtemps, je me suis demandé ce qu'on avait pu lui faire de si terrible, dans son pays natal, pour tuer en elle la malicieuse beauté, et la changer en zombie. Bien plus tard, j'ai découvert ce qu'était l'excision.
== Publicité ==
26 mars 2011
D'un doigt moëlleux, elle aidait ses pétales à s'entrouvrir, tandis que la pivoine noire dévoilait un coeur rose malabar. T'aimes bien ? elle m'a demandé, dans un sourire étincelant. Canon, j'ai dit. Ella m'a dit tu veux que je te montre comment ça fait ? Oui, je veux bien, ai-je répondu, le coeur battant. Je sentais que j'étais exactement où je voulais être depuis le départ, j'avais parcouru un long chemin avant d'arriver ici, à cet endroit précis où le plus grand secret de l'univers m'allait être révélé. Elle a craché dans sa main et a commencé à masser sa vulve dans un geste rapide et précis. Dix ou quinze minutes plus tard, son souffle s'est alourdi, son geste s'est accéléré et son visage s'est réchauffé de vagues rouge sang. Ça vient, a t-elle réussi à souffler avant de jouir, dans de grands spasmes, coups de reins et chair de poule sur les cuisses, un filet de salive s'échappant de ses lèvres. Elle s'est effondrée sur le matelas avant d'éclater de rire : alors, t'en a pensé quoi ? a t-elle demandé, curieuse de savoir à quoi cela ressemblait, vu de l'extérieur.
J'éprouvais une douleur entre les jambes, j'étais terriblement excitée et cela m'était insupportable, j'avais besoin de me soulager au plus vite. Elle m'a accueillie dans ses bras et m'a attirée à elle, sur le lit, en glissant son genou dans mon entrejambe pour m'aider à jouir à mon tour. Elle m'embrassait comme dans les films, et pourtant j'aurais voulu être en dessous, à sa place, pour jouer le rôle de la femme et non celui de l'homme. Mais évidemment, Messaline en homme c'était comme demander à une vieille dame d'interprêter un commando paramilitaire: ridicule. Moi, je faisais l'affaire. Je ne voulais pas, mais je comprenais... c'était plus ma place que la sienne. Alors j'ai frotté, frotté, et c'est venu très vite : une intense décharge électrique, quasi-douloureuse, puis un plaisir sans limite, comme la puissance d'Hiroshima dans tout le corps. Je connaissais mon premier orgasme quand sa mère a surgi dans la pièce.
25 mars 2011
Un jour, nous avons fait une chose qui allait tout changer. Nous étions chez elle, après l'école, sa mère s'occupait des petits frères et soeurs tout en cuisinant le dîner. Enfermées dans sa chambre, on écoutait la radio tout en discutant. Je faisais mes devoirs avec un semblant d'application quand elle a surgi derrière moi et a glissé ses mains sous mon t-shirt pour me caresser. Son contact était doux, son parfum, plus fort. Je me suis laissé faire, lasse de toujours dire non. J'avais envie de faire comme elle disait, on allait jouer au papa et à la maman, pour voir comment ça fait. C'était bien innocent, je pensais, on a bien le droit de voir comment ça fait ! Je n'avais jamais joui et, contrairement à elle, je touchais rarement mon sexe : mon corps m'avait toujours embarrassé, voilà bien pourquoi je le maintenais dans un espace minimal en demeurant maigre. Elle s'est allongée sur son lit, a enlevé son slip et écarté les cuisses pour m'en dévoiler l'intérieur. J'observais, fascinée, sa corolle rose et noire s'ouvrir très doucement, déchargeant dans l'air ambiant d'étranges effluves.
24 mars 2011
Messaline ne souffrait pas des mêmes tourments familiaux que moi, qui affichait haut et fort son amour. A l'aube de l'entrée au collège, elle essayait fréquemment de m'embrasser sur la bouche, tandis que je réfrénais des fous rires en me détournant d'elle. Je criais arrête ! tu es folle ! Elle répondait malicieusement que nous finirions mariées, et je pensais en mon for intérieur que tout mon amour pour elle ne me ferait pas épouser une fille. J'avais grandi. Je me disais aussi que mes parents trouveraient l'occasion qui leur manquait de nous interdire de nous voir, s'ils apprenaient son comportement... ce n'était pourtant pas bien méchant, et puis nous commencions à sentir le sexe nous travailler. Elle me racontait chacune de ses masturbations, comment elle pensait à moi, mon corps sec, ma blondeur de comète, mes yeux en pierre précieuse, je buvais ses paroles, je trouvais ça beau, qu'elle parle comme ça, à l'âge qui était le nôtre, je sentais confusément qu'elle touchait l'univers de son doigt. Elle était ma petite déesse nègre, l'incarnation de la féminité, je ne comprenais vraiment pas ce qu'elle me trouvait... il y avait tant de garçons dans l'école, des bruns, des blonds, des rouquins, des noirs, des petits, des grands, des gros et des maigres, quelques uns se détachaient du lot, princes auréolés de gloire à l'heure des matchs de foot et des parties de chat. Moi, j'aurais rêvé qu'ils me regardent, qu'ils me courent après pour m'attraper, j'enviais les petites beautés aux yeux de verre, dans les cartables desquelles ils donnaient des coups de pied, incapables de déclarer leur flamme autrement ! Je restais dans l'ombre de Messaline, au moins, à travers elle, vivais-je le désir des garçons par procuration.
23 mars 2011
Mon amie jouissait d'une immense liberté, alors. Tandis que j'étais élevée selon les codes bien français de la petite bourgeoisie, Messaline n'hésitait pas une seconde à sonner chez ses camarades et demandait, à tout moment de la semaine, si elle pouvait entrer sans avoir été invitée. Ma mère ne l'aimait pas du tout et la trouvait sans gêne, je n'essayais même pas de lui expliquer que dans sa culture, cela se faisait, et c'était aussi simple. J'évitais d'ailleurs de parler de Messaline à la maison, tant je sentais que cela gênait mes parents, sans pour autant reconnaître, dans toute la clarté de la conscience, qu'ils étaient racistes et rejetaient l'objet de mon adoration pour tout ce qui, à mes yeux, la rendait si belle et désirable. Car je la désirais, oui, de tout mon coeur, de toute mon âme d'enfant un peu terne, comme la fleur en bouton, qui étouffe et s'ennuie, désire le soleil pour déchirer son corset vert et laisser, enfin, éclater ses couleurs. Je m'imaginais amoureuse d'elle, mais sans vraiment comprendre, dans mon jeune âge, ce que ses mots signifiaient réellement. De la même façon, je voulais me marier avec elle, plutôt qu'avec mon père ou ma mère, parce que je le trouvais bien plus belle et généreuse que mes parents, et non par désir de partager son lit.
== Publicité ==
22 mars 2011
A l'école primaire, Messaline et moi nous sommes retrouvées dans la même classe, et cela nous a rapprochées. Comme j'étais calme, et même effacée, la maîtresse ne m'accolait que des voisines de table agitées, de sorte que j'apporte un contrepoids quasi inerte aux plus vivaces de mes camarades. C'est ainsi que nous sommes devenues amies. Les revers de la petite enfance me semblaient désormais à des années-lumière. Se souvenait-elle seulement de m'avoir un jour haïe, rejetée, ostracisée ? Je n'avais certainement pas l'intention de le lui demander, j'étais pétrifiée de honte à l'idée qu'elle se souvienne de ce laideron incolore qui l'observait de son oeil glauque, je voulais aussi lui épargner le poids de culpabilité de m'avoir blessée, elle qui m'aimait tant.
Désormais, je passais de longues heures à ses côtés, tout entière emplie de son parfum épicé qui piquait mes narines de petite blanche. Messaline était une splendeur : ronde, mais pas grosse, une peau d'ébène comme du velours noir étiré pour tapisser ce corps de petite femme. Ses joues luisantes, où le sang affleurait, faisaient un halo pourpre au dessus des ténèbres. Son nez tout petit se terminait en larges narines, ourlées d'une fine peau marron qui ondulait de l'air qui entrait et sortait en volutes odorantes ; ses yeux de biche, effilés comme deux amandes. Sa bouche immense d'ogresse mythologique découvrait les plus jolies dents qui soient, rangées de perles fines presque phosphorescentes, à force d'être blanches, incrustées comme des pierreries dans une gencive rose par endroits, et noire, aussi. Presque autant que sa peau, j'aimais ses cheveux, masse crêpue indomptable dans laquelle, les premiers temps, je n'osais passer les doigts, comme si j'allais m'y brûler.
Messaline était une petite fille autoritaire, drôle et un brin dévergondée. Elle riait souvent de me voir si effacée, si timide. Prude. Je l'admirais avec une infinie dévotion, je m'imaginais être la grande prêtresse de son temple, la gardienne du gynécée et sa présence, seule, faisait jaillir sur moi les salves sombres et chaudes de la féminité.
21 mars 2011

Mon régime alimentaire original avait pour avantage de me maintenir dans une maigreur corporelle que je trouvais très confortable, malgré les nombreuses moqueries familiales et le sobriquet de "paquet d'os". L'inconvénient, c'était la constipation. J'allais aux toilettes tous les jours, pour faire plaisir à ma mère, mais je ne parvenais à chier qu'une ou deux fois par semaine. Le manque de fibres dans mon alimentation empêchait mes selles de retenir l'eau nécessaire à leur souplesse, et elles se compactaient en briques organiques denses, dures et noires. Mon besoin d'exonérer était parfois si grand que je poussais jusqu'à l'évanouissement, sans que rien ne sorte. Ma mère et moi avions mis au point un système de secours pour ces moments-là : une bassine ronde et plate, que je remplissais d'eau très chaude avant de m'y acroupir. Mon anus grand ouvert permettait à l'eau de remonter, par capillarité, dans la matière fécale qui reprenait, du moins dans son extrêmité, un peu d'élasticité. La chaleur achevait de me dilater entièrement, de sorte que la merde se mette à glisser pour plonger - enfin - dans le liquide souillé de giclées écarlates, avant de se poser mollement au fond, sous mon regard aussi épuisé que triomphal.
Tous les jours, au square, le même goûter : du pain de mie avec des carrés de chocolat. Plus il était noir et plus je l'aimais. Je mangeais avec application en mastiquant longuement. Je crevais de faim parce que je ne mangeais quasiment rien d'autre. D'aussi loin que mes souvenirs remontent, j'ai fait des difficultés à manger... rien ne me plaisait jamais, hormis le chocolat. En carré, en bâton, en glace, gâteau, crème, entremet, en poudre ou bien fondu, l'or noir se plaisait dans ma bouche, m'irradiait de plaisir, me foudroyait de bonheur. Je déposais un rectangle sur ma langue, l'y laissais fondre en attendant, yeux clos, cet instant magique ou le solide devient pâteux, puis liquide, où l'amertume se fait caresse, emportée dans la doucereuse cascade brune, qui plonge vers l'estomac.
L'après-midi, je m'autorisais ces quelques minutes de plaisir sensuel, assise sur un banc, en observant les petites filles du quartier jouer ensemble, dans un ballet gracieux articulé autour de sa petite reine noire, Messaline.
Je suis née blanche. Par blanche, j'entends réellement blanche, pas beige, amande ou pain d'épices, non : blanche comme le sucre, la neige et les oeufs. Ma peau fait peur, parfois, je me souviens en Guadeloupe, on m'a dit tu es bizarre, ta peau est bizarre, presque transparente, on voit tes veines, et tout. Dans ma très petite enfance, on me regardait toujours, au square, à cause de mes cheveux presque blancs à force d'être blonds. Je devais ressembler à un albinos, à l'exception de mes yeux, d'un bleu laiteux. C'est vrai, c'est flippant, les albinos : comment aimer quelque chose d'incolore ?
Les petites filles ne voulaient pas jouer avec moi, je sentais confusément que quelque chose clochait dans mon apparence, sans trop comprendre -alors- ce qui me différenciait à ce point d'elles. J'observais depuis le banc, mon pain de mie beurré à la bouche, cette bande de fillettes ravissantes. Une, surtout, me fascinait. Une petite négresse à peau veloutée qui sentait fort, quand je passais près d'elle j'inspirais de toutes mes forces pour emplir mes narines de ce mélange épicé divin, qui résumait à lui seul tout ce que je trouvais bon et beau, sur cette terre. Fraîche et brûlante à la fois, douce comme le caramel et puissante comme le café de mes parents, au petit matin, avec, tout autour, ce voile délicat de fragrances indescriptibles qui ne me rappelait rien et que je ne retrouverai, des années plus tard, que sur les sénégalais.
== Publicité ==
